À la lisière du silence
Je ne dis rien.
Le monde parle mieux que moi.
Je regarde,
Et le monde me répond sans voix.
Je me tais.
Tout parle déjà.
Je ne dis rien.
Je regarde.
Je regarde,
Et le monde s’arrête.
Une lumière s’attarde sur une branche,
Glisse sur la pierre,
Effleure le sol,
Frôle la peau du jour,
Douce,
Comme une caresse
Qu’on n’ose pas finir,
Comme une main timide
Qui voudrait consoler le temps,
Comme une pensée
Qu’on ne veut pas troubler,
Comme une mémoire ancienne.
Chaque ombre a sa douceur,
Chaque silence une phrase
Que je comprends
Sans l’avoir apprise.
Le vent passe,
Et tout devient prière —
Sans mot,
Sans ciel,
Sans besoin.
Je me tiens là,
Ouvert,
Simple,
À la lisière de tout.
Je sens battre le cœur du vivant,
Dans la feuille,
Dans l’air,
Dans la lenteur de ma propre respiration.
L’air a ce goût d’éternité légère,
Presque rien,
Mais assez pour suspendre le cœur.
Tout semble respirer d’un seul souffle :
La branche,
Le vent,
Et mon cœur qui bat trop fort.
Rien ne veut impressionner,
Rien ne cherche à briller,
Et pourtant tout m’atteint —
Et pourtant tout éclaire.
Le vent,
La poussière,
Le battement discret de l’instant.
Je regarde,
Et je me perds —
Non par oubli,
Mais par offrande.
Il y a, dans le silence,
Quelque chose de sacré —
Comme si le monde priait
Sans mot,
Sans dieu,
Sans besoin d’être entendu.
C’est de l’amour,
Peut-être,
Mais sans visage,
Sans attente.
Une tendresse
Qui ne cherche pas d’objet,
Un vertige calme,
Une paix qui respire à travers moi.
Je ne sais plus si j’admire ou si j’aime —
Peut-être est-ce la même chose,
Quand le regard s’ouvre assez.
Chaque chose semble
Prier à sa manière :
La pierre en silence,
L’arbre en patience,
Le vent en caresse.
Je n’admire pas pour comprendre,
Mais pour appartenir.
Je ne regarde pas pour nommer,
Mais pour me dissoudre un peu,
Dans la beauté qui ne promet rien.
Je contemple,
Et le monde m’admire en retour —
Non parce que je suis,
Mais parce que je regarde.
Le jour avance,
Et je m’oublie un peu,
Comme l’eau oublie sa source
En rejoignant la mer.
Et moi,
Je reste là,
À aimer ce qui ne demande pas d’être aimé.
Un rayon glisse,
Un oiseau passe,
Et soudain tout a un sens —
Sans explication.
Rien d’extraordinaire,
Rien à comprendre,
Rien à saisir.
Rien à saisir —
Seulement cette beauté tranquille
Qui traverse tout,
Et me traverse aussi.
C’est ça,
peut-être,
Contempler :
Sentir que le monde
Nous regarde aussi.
Juste être là,
Dans la lenteur du regard.
Alors tout s’aligne,
Et je deviens partie du silence,
Comme la lumière devient jour.
Dans ce presque rien,
Je comprends :
Le monde ne demande qu’à être vu,
Et moi, simplement,
À le voir.
Contempler,
C’est toucher sans prendre,
Et admirer,
C’est aimer sans vouloir.
Une feuille tremble,
Et tout le silence du ciel
Tient dans ce geste.
Chaque lumière a sa patience,
Chaque ombre son secret.
Tout respire ensemble,
Et moi,
minuscule,
Je me tiens debout
Au bord de ce miracle ordinaire.
Ce n’est pas l’éclat qui m’éblouit,
Mais la paix derrière lui.
Ce n’est pas la grandeur que j’admire,
Mais la justesse des choses simples.
Une brise passe,
Et tout recommence —
Pareil,
Et pourtant changé,
Comme si voir
Était déjà aimer.
Djamel Metref
At Yenni le 12 octobre 2025
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